L’art de rue en proie d’être assassiné par Instagram et les réseaux sociaux

L’art de rue est l’une des formes d’expression artistique les plus appréciées des réseaux sociaux. Le fond de ce triomphe digital est toutefois un amalgame d’interpellations personnelles et de recyclage commercial. Ce constat s’applique tout particulièrement aux graffitis, qui façonnent quotidiennement le visage culturel des métropoles modernes en plus de porter un héritage politique important.
Les réseaux sociaux favorisent la démocratisation accélérée des expressions artistiques associées au monde urbain. Cette constatation a notamment été relevée par Nicolas Harding et Rachel E Smith, qui en sont toutes les deux à leur année de doctorat au département de philosophie de l’université de Manchester.
Entre opposition et recyclage commercial
Le graffiti a intégré la sous-culture lorsque le rap s’est développé aux États unis à partir des années 70 et 80. Il a commencé à être utilisé en tant qu’outil d’opposition avec les protestations de mai 68. Cet art a pris le chemin de la tendance grand public avec l’expansion de la toile, des réseaux sociaux et des plateformes telles que YouTube. Les entreprises n’hésiteront pas ainsi à partager des visuels et des annonces publicitaires accommodés à un certain type d’audience. L’effet de saturation induit par cette démarche a conduit à la dissociation du graffiti par rapport à sa véritable essence.
Les utilisateurs d’Instagram en meurtrier du graffiti
Selon Nicola Harding, la diffusion massive des graffitis dans les réseaux sociaux a conduit à un désintérêt du public pour les murs physiques. Ces derniers constituaient pourtant le support de prédilection de cette forme d’art. Instagram est notamment devenu un outil de premier plan pour la diffusion des œuvres d’un grand nombre d’artistes. Ces derniers peuvent en effet se créer tout un réseau de fans en postant leur création sur la toile et en développant l’image de leur profil. Le graffiti s’est ainsi embourgeoisé, à l’abri du risque et de l’esprit d’illégalité qui constituait l’esprit de cette discipline.
La reconversion entrepreneuriale de l’art de rue
D’après les constatations de Nicola Harding, les véritables créateurs d’arts de rue recherchent dans l’entrepreneuriat un moyen de préserver l’essence de la pratique des graffitis. Ils créent notamment des métropoles artistiques pour favoriser le tourisme et séduire des entreprises de toutes envergures. L’art de rue s’en trouve ainsi réduit à traduire les fondements du capitalisme qu’il entendait dénoncer.